Il n’y a pas de relâche au deuil
Mars arrive avec la semaine de relâche. Les valises dans l’entrée. Les cabanes à sucre. Les films en pyjama. Les photos de voyage qui remplissent les réseaux sociaux. Partout, on parle de pause, de repos, de vacances.
Mais le deuil, lui, ne prend jamais de congé.
On peut fermer l’ordinateur, annuler les réunions, quitter l’école pour une semaine mais on ne peut pas mettre l’absence sur pause.
Quand un parent, un enfant, un conjoint est décédé, la chaise vide nous suit partout : au chalet, dans le sud, au milieu d’un moment qui devrait être léger. Et parfois, c’est justement ça qui fait mal. Ce contraste.
Voir les autres célébrer, entendre « profitez-en! », sentir qu’on devrait être heureux alors que le cœur est ailleurs. D’ailleurs plusieurs parents disent : “Je voulais que les enfants aient du plaisir… mais on dirait que la tristesse nous a rattrapés pareil.” Le deuil ne respecte pas le calendrier scolaire. C’est ainsi. Les enfants aussi nous disent avoir eu du plaisir toute la journée pour finalement souffrir le soir de l’absence de leur père, par exemple. Ou rire de bon cœur en glissant à Valcartier mais pleurer dans l’auto au retour.
Ce n’est pas contradictoire. C’est humain. C’est l’une des complexité du deuil : avoir du plaisir et s’ennuyer de quelqu’un en même temps. Voir des paysages à couper le souffle et souffrir de l’absence. Il n’y a pas de relâche au deuil.
Mais il peut y avoir des essais. Peut-être que pendant cette semaine de relâche, au lieu de chercher à “faire comme avant”, on peut simplement laisser de la place aux émotions qui montent. Sans pression ni performance du bonheur.
Parce que vivre une relâche avec un cœur en deuil, c’est déjà beaucoup. Et parfois, le plus beau cadeau à s’offrir, c’est simplement celui-ci : se donner le droit d’aller à son propre rythme, même en vacances.
Josée Masson, fondatrice et directrice générale à Deuil-Jeunesse
