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Aujourd’hui, j’ai une pensée pour les endeuillés par suicide

21 novembre 2020.

Aujourd’hui, c’est la journée internationale des endeuillés par suicide.

Aujourd’hui, j’ai une pensée pour Louis.

Louis a 5 ans. Son père s’est suicidé il y a un an. Son papa est son héros, son modèle, son inséparable. Louis a donc envie de parler de lui tout le temps.

À l’école, on lui reproche d’avoir des problèmes de comportement et d’être dérangeant en classe. Dans mon bureau, Louis me confie que ses amis ne sont pas au courant du décès de son père, qu’il ne se sent donc pas bien à l’école, car il aimerait pouvoir en discuter avec ses amis. Un jour, Louis me demande de l’aide. Il me demande de l’accompagner dans sa classe de maternelle pour l’aider à annoncer à ses amis que son papa s’est suicidé.

Du haut de ses 5 ans, Louis a demandé de l’aide. Requête que son école lui a refusé, car on a jugé que le suicide est un sujet trop horrible pour l’aborder avec des petits de la maternelle. Pourtant, Louis est en maternelle et lui, il sait très bien ce que c’est que le suicide. En décidant que le suicide est un sujet interdit, les adultes ont rendu le deuil de Louis interdit, lui aussi.

Aujourd’hui, j’ai une pensée pour Lena.

Lena a 17 ans. Elle a retrouvé son père mort, pendu dans la chambre d’amis au sous-sol de leur maison. Ce dernier n’a pas laissé de lettre. Lena ne savait pas que son père souffrait de l’intérieur.

Régis, le père de Lena, était un homme fiable, fier et toujours présent pour aider les autres. Voulant protéger la réputation de son mari, la mère de Lena la supplie de cacher la cause du décès. Pour soulager sa mère, Lena accepte. Elles conviennent ensemble de dire à leurs proches que Régis est mort d’une crise cardiaque.

Dans son coeur, Lena bouille de colère face à son père. Elle lui en veut de ne pas avoir demandé de l’aide. Elle se sent abandonnée. Pourtant, personne ne peut comprendre sa colère, comme la mort qu’elle doit raconter est considérée comme subite et hors de contrôle. Dans mon bureau, Lena me raconte qu’elle aimerait que ses amis puissent comprendre sa rage. À l’inverse, elle doit porter sur ses épaules la honte et le secret du suicide.

Aujourd’hui, j’ai une pensée pour Rosie.

Rosie a 20 ans. Sa mère est décédée lorsqu’elle avait 8 ans.

Lors d’une réunion familiale, elle surprend une conversation entre ses oncles qui discutent de leur colère face à la décision de leur sœur d’avoir mis fin à ses jours. C’est ainsi que Rosie apprend que sa mère s’est suicidée. C’est ainsi que Rosie apprend qu’on lui mentait depuis 12 ans en lui racontant que sa mère est décédée d’un accident de voiture. Que l’endroit de l’accident où elle allait se recueillir et déposer des fleurs n’est en fait qu’un endroit sélectionné au hasard. Que la peur qui la paralyse toutes les fois qu’elle prend le volant dans un cours de conduite est alors basée sur un événement inventé.

Dans mon bureau, Rosie pleure toutes les larmes de son corps. Elle sent que sa vie est basée sur un mensonge, qu’on lui a volé 12 ans de sa vie. Elle n’a plus confiance en personne et a l’impression que si on lui a caché la vérité, c’est qu’elle doit être la cause du suicide de sa mère. En voulant la protéger, on l’a fait souffrir encore plus.

Aujourd’hui, j’ai aussi une pensée pour Mathis, qui s’imagine que le suicide est un être méchant qui s’invite dans les maisons le soir pour tuer les gens, car on n’a pas pris le temps de lui expliquer ce que c’était réellement. J’ai une pensée pour Oscar, qui sent le malaise de ses amis lorsqu’il leur raconte le décès par suicide de son oncle. J’ai une pensée pour Olivia, qu’on regarde avec des yeux de pitié quand elle parle fièrement des prouesses de skateboard de son grand frère, lequel s’est suicidé la semaine dernière.

À Deuil-Jeunesse, c’est ce qu’on appelle des maladresses d’amour. Les actions relatées ci-haut ont sans aucun doute été posées dans le but de protéger ou soulager les jeunes endeuillés par suicide. Malheureusement, on ne les a pas aidés en agissant ainsi.

Et si on profitait de la demande de Louis pour intervenir en prévention auprès des enfants de la maternelle ? Et si à la place d’éviter le sujet, on prenait le temps de leur expliquer, en toute sécurité, ce qu’est le suicide et surtout, que ce n’est jamais une option ? Et si on les aidait à lister toutes les autres solutions possibles pour s’aider à aller mieux ?

Et si on réagissait à l’histoire de Régis en demandant à Lena comment elle va réellement, en lui demandant si elle a besoin d’aide ou encore si elle sait vers qui se tourner en cas de besoin ?

Et si on saisissait les histoires comme celle de la mère de Rosie pour demander aux enfants endeuillés de quoi ils ont besoin ou encore s’ils ont des questions ? Et si on les regardait avec des yeux de confiance au lieu des yeux de pitié ?

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, il y a eu environ 3 suicides par jour au Québec en 2017. Si on dit que chaque décès touche environ 6 personnes, on peut compter plusieurs endeuillés par suicide au Québec. Ne les laissez pas dans l’ombre par peur d’aborder le sujet. Ne les étiquettez pas au tabou du suicide.

Tendez-leur plutôt la main et  demandez-leur de quoi ils ont besoin. Écoutez leurs questions et émotions, sans jugement. Accueillez leur histoire avec amour et réconfort. Surtout, rappelez-vous que parler du suicide, ça peut sauver des vies !

Source: https://www.inspq.qc.ca/publications/2642#:~:text=Selon%20les%20donn%C3%A9es%20provisoires%20pour,2%20par%20100%20000%20personnes.

Anne-Sophie Côté
Travailleuse sociale pour Deuil-Jeunesse.

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